samedi 19 décembre 2015

Episode 9 : verger et souvenirs...


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9

Balade au bord de l'eau et éclats de rire lui ont changé les idées. Flaubert, dont l'air digne s'est effrité à la découverte des vagues, a très vite montré des signes de fatigue. La chaleur n'a jamais été le point fort des chiens de montagne.
Aussi, profitant d'un passage dans une crique solitaire, Maxime et Olivia ont-ils jeté le samoyède dans l'eau. Outragé, le chien s'est séché en se roulant dans le sable humide, perdant dans le même temps le blanc étincelant de son pelage, et sa dignité.
Face à la vaste étendue de mer ouverte sur le monde, le bureau d'Olivia lui a alors soudain paru terriblement étriqué, mais surtout merveilleusement loin. Comme s'il avait cessé d'exister au moment où elle l'avait quitté.
Ce sentiment de claustrophobie avec lequel elle vit au quotidien, sans pouvoir le nommer, a grillé soudainement, comme un Allemand en plein soleil.
Maintenant, après avoir récupéré le gros Auguste vautré en travers du canapé noir de Maxime, Olivia prend la route pour rejoindre la maison familiale. Mais la musique à fond et l'appréhension de se retrouver seule dans la même pièce que sa mère ne suffisent pas à chasser un malaise latent. Elle repense à la jetée. A cette stupeur qui l'a saisie brutalement. Sans raison particulière, son cœur s'est emballé. La peur l'a  clouée à sa chaise, avec l'impression que le monde entier s'est figé. Comme si quelque chose avait jailli du décor par surprise. A quoi pouvait-elle songer à ce moment-là, quelle idée a pu surgir, qui a déteint sur cet instant au point qu'elle s'en souvienne avec angoisse ?

- Tu perds la boule, ma pauvre fille, soupire-t-elle en regardant dans le rétro.
Avant de hausser un sourcil : cette manie de parler seule devient vraiment pénible. Mais elle illustre l'état d'esprit de la jeune femme. Les rêves qu'elle fait ces derniers temps sont tellement prenants qu'ils empiètent sur ses journées. Elle est envahie par ce flottement, gênant, faisant parfois d'elle une simple spectatrice de sa propre vie, regardant à travers une glace teintée.
Des images lui reviennent parfois, presque des souvenirs. Des visages. Et ces impressions de déjà-vu.
Olivia secoue la tête et scrute les côtés. La route est sinueuse, elle a quitté l'autoroute. La clim tourne à fond, mais elle ouvre la fenêtre. L'air chaud s'engouffre dans l'habitacle et Flaubert lève le museau un instant, avant de se rendormir.
Les immeubles ont laissé la place aux arbres, biscornus, généreux, au feuillage épais et verdoyant. Olivia s'enfonce dans la Provence Verte, entre les collines ponctuées d'eucalyptus, de cyprès et de vieux chênes. Mariah Carey s'égosille dans la petite voiture et les notes de la musique se perdent par la fenêtre. Olivia fredonne, plus pour éviter de penser que par amour  de la mièvre mélodie.

*******

Il faut bien arriver un jour, songe-t-elle, garée devant la large et lourde grille du domaine.
Des siècles auparavant, la jeune femme l'a quitté sans un regard en arrière, mais cette grille était déjà là. Et aujourd'hui, elle est fermée, comme pour signifier à Olivia qu'elle n'est qu'une étrangère en visite.
Elle sort de la voiture et va appuyer sur l'interphone. Très vite, la voix grésillante de sa mère s'élève.
- Mas de l'Espiègle ?
- M'an, c'est moi.
- Qui, moi ?
Olivia lève les yeux au ciel.
- Moi, ta fille. Tu m'ouvres?
Un grésillement, puis le bruit du combiné qu'on raccroche. Elle hésite une seconde et remonte en voiture. La grille s'écarte lentement. La voiture s'engage sur la longue allée de platanes bicentenaires. Et tout au bout, à moitié dissimulé par quatre hauts cyprès de Florence, l'attend le vieux mas familial, tout de pierres et de bois.
Large et haute, c'est une bâtisse typiquement provençal, au charme indéniable. Entouré de lavandes et de vastes étendues de vignes.
En avançant vers lui, Olivia sent son cœur se serrer dans sa poitrine, à en devenir douloureux. Ses yeux se promènent sur la façade qui grossit rapidement, sur les fenêtres aux volets croisés - pour garder la chaleur.
Sa mère l'attend sous le porche tandis qu'Olivia débouche sur une grande place de graviers blancs. Avant, se souvient-elle, la pelouse et les herbes folles se chamaillaient la place sur une terre grasse. Sûrement un des aménagements décidés par sa mère, quand le Mas de l'Espiègle est devenu gîte de France.

Elle se gare, marque un temps d'arrêt quand le silence retombe dans l'habitacle. Les cigales prennent vite le relai, et renforcent le brutal sentiment de nostalgie qui étreint la jeune femme. Elle soupire doucement, et sort de la voiture. Flaubert s'élance dès qu'elle lui ouvre la portière. En quelques pas, il est aux pieds de la mère d'Olivia qui s'est approchée.
- Hey ! Va-t-en de là ! s'écrie-t-elle, quand le chien lui passe entre les jambes.
- Flaubert, ici !
Le samoyède fait la sourde oreille et fonce sur le muret en pierres de rocaille qui sépare le parking de gravier de la cour. Sautant sur le rebord, il tourne entre les grands cyprès avant de les arroser généreusement.
- Hé ! Mais rappelle ton chien ! Il va me faire crever mes arbres.
Olivia coule un regard en coin vers sa mère, avant de ricaner :
- Faudrait plus qu'un petit pissou de chien pour les faire crever, tes "cache-soleil".
- Peu importe, j'aime pas ça. D'où il sort cet animal ?
- Je fais du baby-sitting pour une copine.
La mère se radoucit.
- J'espère qu'elle te paie pour ça, parce qu'avec les dégâts qu'il va faire...
La jeune femme hoche la tête. Que voilà une question intéressante qu'elle n'a pas eu la présence d'esprit de poser à Gabrielle...
- Bref... Bonjour, M'an.
Elle se tourne pour lui faire la bise. Et ne manque pas de remarquer l’œil scrutateur de la femme sur elle.
- Tu as maigri, observe-t-elle.
- Merci.
- Ça va te changer de manger normalement, pour une fois.
- Je mange normalement, M'an. Commence pas avec mon poids.
- Ah mais je n'ai pas critiqué. J'ai juste fait une remarque.
- Ben voyons. La nuance est énorme.
- Je dis juste que tu as maigri. Ça ne veut pas dire que tu es moche...
- Manquerait plus que ça, tiens !.. bref.
Olivia s'écarte et retourne à la voiture.
- J'ai laissé le chat dedans. Il va cuire à l'étuvée.
- Mais tu as pris aussi le chat ?
Elle inspire à pleins poumons, lentement.
- Oui. Parce que je n'allais pas le laisser à l'appart' pendant toutes les vacances.
La mère hausse les épaules, tandis que sa fille pose la cage au sol et en ouvre la trappe.
- Ma foi, tu fais comme tu veux... c'est d'un compliqué, avec tes animaux.
La jeune femme reste fixée sur Auguste, qui sort lentement, le museau en l'air. C'est la troisième fois seulement qu'il vient ici, et comme chaque fois, sa maîtresse angoisse de le voir se promener dans la si grande propriété. Elle écoute d'une oreille la remarque de sa mère, totalement injustifiée. "Avec tes animaux"... Olivia n'a jamais eu qu'un chat. Et une souris, un jour. Qui, la pauvre, a bien mal fini. Et aucun des deux n'a jamais eu à causer de problèmes, considérant qu'elle ne les déplaçait que rarement. Plutôt que de rétorquer par une remarque acide qui lancerait à n'en pas douter un débat interminable, elle secoue la tête, les yeux mi-clos, flatte l'encolure du gros chat blanc, et se relève.
- Je peux installer mes affaires où, du coup ? s'enquit-elle d'un ton neutre.
- Dans ta chambre, évidemment.
- Ma chambre ? Tu ne l'as pas laissée à tes clients ?
La mère ne répond pas, mais l'expression pincée de son visage traduit le "bien sûr que non" qu'elle ne dit pas.

*******

Non, la chambre n'a pas été vidée. Elle est même restée pareille. Depuis plus de cinq ans qu'elle refuse de revenir, sa mère a laissé cette pièce comme Olivia l'a quittée. Les livres d'astronomie sur l'étagère au-dessus de la fenêtre. Ce vieux poster "I want to believe" collé au plafond - et qui cache une tache d'encre jamais découverte. La chaîne Hi-Fi d'un autre temps. Là-dessus, Olivia adolescente a écouté bien un milliard de fois les albums de boys bands jetés aux oubliettes.Elle sourit en posant sa valise. Le lit deux places qui l'accueille quand elle s'assied est toujours aussi moelleux. Le drap sent le frais. Elle s'allonge, la tête dans les oreillers et l'odeur la transporte.
Ce parfum qui imprégnait toute chose dans cette maison, elle l'avait oublié. Du moins, elle l'avait plié, et rangé bien au fond d'une de ses armoires mentales, sans réaliser qu'il lui était si douloureux de s'en souvenir, et si déprimant de s'en passer. Elle respire profondément. Des images se glissent sous ses paupières closes. Des visages qui n'ont appartenu qu'à ce lieu, à cette maison. Elle qui a voulu les fuir pendant tout ce temps, se retrouve submergée par eux.
- Et merde... soupire Olivia en s'essuyant les yeux d'un revers de poignet, avant de fourrer son nez dans l'oreiller. C'est dur de ravaler son sanglot, mais elle y parvient. Comme souvent quand le chagrin la faisait trembler en pleine nuit, au fond de ce même lit, elle inspire profondément, bloque sa respiration les yeux clos, et expire par petits à-coups.
C'est presque bon de sombrer dans le passé qu'elle a tenu à distance. La nostalgie de son enfance qui remonte lui donne envie de s'y abandonner. Elle se relève d'un bond, laissant tomber son oreiller, regarde autour d'elle. Au bout de quelques instants, elle ouvre sa valise, le placard, et se ressaisit. Elle rangera plus tard.
Comme pour lui donner raison, sa mère l'appelle du bas de l'escalier.
- Les affaires reprennent, murmure-t-elle.

*******

La cuisine aussi, est restée la même. Si ce n'est des détails qu'Olivia remarque peu à peu. Les bibelots qui traînaient sur le manteau de la hotte, au-dessus de la cuisinière, ont disparu. Un sablier design a remplacé la vieille théière en étain cabossé. Les vieux torchons aux motifs provençaux ont fait leur temps. Aujourd'hui, le géométrique est à l'honneur.
- Sympa la table, lance Olivia en posant la main sur la surface lisse.
La longue table en pin brut, sur laquelle elle prenait son chocolat chaud le matin, elle aussi a subi les affres de la modernité. Repeinte en gris-rose, flanquée de deux banquettes de la même couleur, tranche la pièce sur sa longueur.
- Elle avait besoin d'un coup de neuf, rétorque sa mère, sans se retourner.
Olivia fait la moue en s'asseyant sur une chaise de bistrot.
- Je l'aimais mieux avant.
Sa mère lui décoche un regard un coin, les mains dans la vaisselle.
- Il va falloir te faire une raison.
Mal à l'aise, Olivia mime un "OK" blasé. Entre remarques acerbes et banalités, son cœur balance. La relation mère-fille oscille toujours entre paix et conflit. Et visiblement, aucune des deux ne s'est décidée pour la thématique du jour. A couteaux tirés, les deux femmes se toisent, s'observent à la dérobée.
Puis Olivia hausse les épaules en observant la cuisine. Sur une étagère, elle aperçoit la tasse en terre cuite fabriquée par ses petits doigt d'enfant d'un autre temps. Elle sourit.
- Tu as gardé ça ? s'exclame-t-elle en montrant l'objet du doigt.
- Ça va bien dans la déco.
- Ah...
Silence, à nouveau. Et du fond de la salle à manger, sonne l'horloge murale digitale.
- Tu veux pas un coup de main ? propose la jeune femme, prête à tout pour ne plus entendre le temps passer.
- Non, c'est bon. J'ai presque fini. On va prendre l'apéro dans cinq minutes sur la terrasse. Je t'ai juste appelée pour te prévenir : ce soir, j'ai de nouveaux locataires qui arrivent pour la semaine. Je ne mangerai pas avec toi.
- Ah... ok.
Olivia se lève sans rien ajouter, trop contente de quitter une atmosphère écrasante. Elle n'a jamais su quoi dire à sa mère. Trop de non-dits s'empilent entre elles. Et l'envie de fuir, la même lui l'avait poussée à s'éloigner le plus possible de cette maison, dès son entrée en fac, la saisit à nouveau.
Les mains dans les poches de son short en jeans, elle arpente les couloirs du mas. Dans le hall d'entrée, elle étudie chaque photo encadrée avec une froideur mécanique. Elle a appris à détacher ses sentiments de ses souvenirs. Mais c'est difficile de ne pas sentir son coeur, au fond de sa poitrine, faire des embardées devant les images d'un passé qu'elle a voulu effacer. Chaque chose est à sa place ou presque, là où elles se trouvaient à son départ. Et ça fait mal. Ce parfum qu'elle avait cru bon d'oublier et qu'elle hume avec un plaisir cruel. Elle qui pensait préférer tout découvrir changé, différent, se trouve hostile à tout objet contemporain, à tout aménagement récent dans la maison.
Dans la grande salle à manger parsemée de tâches de lumière, Olivia frôle les rideaux fleuris pour regarder à l'extérieur. Dans la cour, Flaubert dort à l'ombre des platanes, les pattes arrières écartées comme celles d'une grenouille. Elle sourit. La journée tire à sa fin, mais il ne fera pas nuit avant un moment. Flaubert secoue une oreille dans son sommeil.
Dans le calme chaud du salon, un rire perce alors l'atmosphère. Un éclat de rire, cristallin.
Olivia sursaute. D'un mouvement fluide, elle tourne la tête. Du coin de l'oeil, elle perçoit un éclair coloré vers le couloir. Sans réfléchir, elle longe les hautes fenêtres et s'engage dans le corridor carrelé de terre cuite, et le suit jusqu'à la porte entrouverte qui mène vers le jardin. Dehors, elle est cueillie par une vague de canicule intense. Aussitôt, sa peau se couvre de sueur, et ses oreilles résonnent de la sérénade entêtante des cigales. Mais au travers, elle distingue de nouveau le rire d'un enfant, aigu et jovial.
Attirée, intriguée, Olivia traverse la cour ombragée et grimpe les quelques marches qui mènent à la piscine. Celle-ci, avec le pool-house, surplombe les vastes champs de vignes et de lavandes.Plus loin sur la gauche, dans la propriété, s'élève une colline très boisée. La jeune femme jette un coup d'oeil à la ronde. Personne. Flaubert l'a rejointe et glisse son crâne sous ses doigts pour réclamer des caresses.
- Oui, mon gros, souffle-t-elle, tu auras des câlins. Mais pas tout de suite...
Encore une fois, fugace, un mouvement coloré accapare son attention derrière les bosquets qui bordent une autre volée d'escaliers. Au-delà, un chemin file dans une clairière paysagée, où la pelouse est taillée à la militaire, ponctuée de rosiers, potentilles et sauges arbustives. Les parfums embaument l'air. Portée par sa curiosité, elle suit ce rire qui flotte quelque part dans le jardin. Elle dépasse une grande table en fer forgé blanc et ses chaises, sous une tonnelle en métal noir toute neuve. Sûrement très romantique de nuit, avec ses guirlandes allumées. Olivia hausse un sourcil en avançant.
Encore une fois, ce rire. Un rire d'enfant, espiègle, lumineux. Et Olivia le poursuit. A l'angle d'un cyprès, elle débouche sur le vaste verger garni de vieux cerisiers, pêchers et pommiers que son grand-père prenait plaisir à bichonner. Brutalement, son coeur se serre. Contre une des grosses branches d'un cerisier, elle aperçoit l'échelle métallique sur laquelle elle grimpait régulièrement pour avaler autant de cerises que son estomac acceptait de contenir. 
Lentement, elle arpente le sentier entre les arbres et ses yeux courent sur le paysage occulté. Des images remontent de sa mémoire comme des bulles d'air, avec cette odeur chaude d'herbe grasse et de terre. A sa droite, sur le tronc d'un épais pommier, à l'endroit où une seconde plus tôt, elle croit avoir capté un mouvement, la jeune femme voit ce qui était tombé aux oubliettes depuis bien longtemps. Un O gravé grossièrement, oscillant sur l'écorce. Et en dessous, une autre lettre. Indéchiffrable. Elle est barrée, comme si quelqu'un s'était acharné à l'effacer. Qui ? Pourquoi ?
L'espace d'un instant, elle est sur le point de se souvenir quelle a pu être cette seconde lettre. A qui elle a appartenu. Et aussi vite qu'il est venu, le souvenir s'échappe, la laisse suspendue au doute. Sa mémoire tique, puis redevient muette. 
C'est agaçant, cette sensation de savoir. De pouvoir nommer sans y parvenir.
Elle fronce les sourcils, passe une main pensive sur la gravure. Elle songe à cette Olivia de huit ans qui, après chipé le couteau Laguiole de son grand-père, est venue s'installer sur un barreau de l'échelle posée là, et s'amuser à graver la première lettre de son prénom. Elle se souvient ce sentiment, entre effronterie, exaltation et fierté, tout ça parce qu'elle faisait une chose interdite. Avec le cœur battant, parce qu'elle... elle...
- Tsssss...siffle-t-elle, agacée.
Le jour décline et Olivia se trouve toujours là, debout dans le verger à fixer une gravure d'enfant, intriguée par un rire d'enfant.
- Hum... je crois que je me fais vieille, soupire-t-elle à voix haute, autant pour elle que pour Flaubert. J'ai la mémoire qui flanche et l'oreille sélective.
- OLIVIA !
-... Ah ! Pas si sélective que ça, lâche-t-elle en regardant vers la maison. 
Sa mère, dont la voix porte dans toute la propriété apparemment, l'appelle pour le repas. 
- Elle devrait crier plus fort, on ne l'a pas entendue à Lyon !
Et comme son prénom résonne encore, elle hurle :
- Ouais ! J'ARRIVE !...
D'un pas décidé, elle repart vers le jardin et la piscine.
- Allez viens mon pote !
Se tournant pour voir Flaubert, elle s'aperçoit alors qu'il n'est pas à côté d'elle. Et qu'elle parle dans le vide.
- Flaubert ?
Silence.
- Flaubert ! Au pied !
Elle attend, immobile. Un éclat de rire derrière elle. Elle tressaute. En une fraction de seconde, l'atmosphère a changé. Autour d'elle, les arbres semblent mus d'une vie feutrée, et d'un regard lourd. Le chant des cigales devient plus fin, lointain. Le temps se suspend. Elle a déjà ressenti ça, plusieurs fois ces derniers temps. Un sentiment de malaise envahissant.
- Flaubert ! appelle-t-elle, moins fort cette fois.
Elle recule vers le jardin paysagé, sans vouloir s'avouer cette pointe d'angoisse. Quand un taillis remue tout près d'elle, seul son pragmatisme l'empêche de prendre ses jambes à son cou. L'air reste bloqué dans ses poumons. Et ce n'est qu'au moment où l'éclair blanc surgit et se jette sur elle qu'Olivia reprend contenance. Le chien lui saute dessus, tout azimut.
- Hey ! s'écrit-elle, tandis que Flaubert lui fait des fêtes. Mais où tu étais encore passé ? Tu m'as foutu la trouille !
La jeune femme lui caresse la tête avant de repartir vers la maison. Le samoyède la suit de près, et le contact de sa fourrure contre ses jambes la rassure. Les couleurs ont repris leur place, les cigales fredonnent maintenant que le soleil s'apprête à passer derrière la colline.
- Arrête de disparaître comme ça. tu vas me faire mourir, à force !
Sans un regard en arrière, Olivia traverse la propriété et rejoint sa mère.

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