mercredi 15 juillet 2015

Episode 3 : la sortie au lac...



3

La douche est salvatrice. L'eau fraîche laisse dégouliner contrariétés et rancœur, les emporte par la bonde de fond. Olivia, trempée, garde la tête appuyée contre le mur blanc, sous le pommeau de douche. Puis elle ferme le robinet, les yeux fermés, attend quelques secondes avant d'écarter le rideau de douche.
Elle enjambe le rebord de la baignoire en émail blanc pour poser le pied sur le tapis. Un tapis épais, chaud, au poil long et dense.
- Ah ! crie-t-elle en reculant, manquant de glisser.
Flaubert est confortablement assis au pied de la baignoire et la regarde d'un air malicieux.
- Mais qu'est-ce que tu fous là, toi ? s'exclame la jeune femme en saisissant sa serviette.
Elle sort de sa baignoire, évite tant bien que mal le gros chien qui prend presque toute la place. Il ne bouge pas un cil et tandis qu'il la fixe, la gueule ouverte, la langue dehors, Olivia est persuadée qu'il se moque d'elle.
- Profite ! Rince-toi l’œil, parce que c'est la dernière fois !
Elle réalise que la porte de la salle de bains est grande ouverte. Se penchant vers lui, elle caresse vigoureusement Flaubert derrière l'oreille.
- Et en plus, tu sais ouvrir les portes... tu es un malin, toi !

********

La matinée s'écoule doucement, entre déjeuner frugal et séries en replay. Flaubert dort étalé de tout son long au pied du canapé, dans la même position qu'Auguste, le chat, tous les deux de la même couleur. Olivia sourit en regardant les deux animaux au blanc immaculé. On les croirait presque frères, si ce n'est l'embonpoint d'Auguste, et la taille impressionnante de Flaubert pour un chien de salon.

Quand à 14h, l'air se fait trop lourd, la jeune femme décide de changer de crèmerie. Ses affaires de plage fourrées au fond d'un sac à dos, elle enfile ses chaussures et se tourne vers...
- Ah oui ! Le chien !
Elle l'avait oublié. Fouillant dans les affaires confiées par Gabrielle, elle en ressort la laisse et un harnais.
- OK ! soupire-t-elle en levant le harnais bleu turquoise à fleurs blanches à hauteur de ses yeux gris. Elle a du goût, ta maîtresse.
Flaubert baisse la tête en grognant.
- On est d'accord !... Bon, ça se met comment, ce machin ?
Plusieurs tentatives plus tard, l'étrange duo quitte l'immeuble et grimpe en voiture.

*******

Évidemment, il y a du monde. Mais heureusement, le parc qui ceinture l'immense lac est l'un des plus grands d'Europe. Aux grandes plages se succèdent de multiples petites criques de pierres blanches, la plupart du temps boudées par les groupes en quête de confort.
Une crique isolée, voilà qui sera parfait pour Olivia et son nouveau copain. En garant sa voiture, elle a reçu un texto de deux amis. Ils la rejoindront où elle sera. Il faudra donc trouver un lieu qui convienne à tout le monde. La solitude, terriblement tentante, s'envole en une sonnerie de téléphone. Tandis qu'elle emprunte les sentiers bordés d'herbes hautes jaunies, la jeune femme détache Flaubert. Gabrielle se targue toujours d'avoir un chien obéissant, qui marche au pied. Deux critères que la nouvelle baby-sitter apprécie particulièrement. Courir, en temps normal, ne l'enchante guère. Alors cavaler après un chien fugueur en pleine canicule...
Le chemin se divise bientôt en plusieurs petits sentiers à demi grignotés par les fougères fatiguées. La jeune femme prend celui qui semble le moins emprunté. Les odeurs de feuille chaude et de sève lui chatouillent les narines. Ça sent l'été, la forêt, un parfum qu'elle aime et qui lui inspire toujours un sentiment de plénitude. Longeant le lac qu'elle aperçoit entre les branches, elle descend une légère pente, traverse une barrière d'arbustes pour déboucher sur une longue plage de gros cailloux blancs. Des arbres dispensent leur ombre mouchetée jusqu'au bord de l'eau, dont on voit le fond sur plusieurs mètres.
Pas âme qui vive à la ronde.
- Parfait, murmure la grande brune, d'un air satisfait.
Avant de réaliser qu'elle parle à Flaubert. Il marche à sa droite, et tourne la tête vers elle, comme s'il l'écoutait. Le duo avance sur la plage, Olivia chancelant sur les pierres qui roulent à leur guise. Sous l'immense tilleul, elle étale sa large serviette et pose son sac. Flaubert s'installe aussitôt dessus.
- Hé ! Non, mais c'est la fête ? C'est MA serviette !
Mais le chien blanc fait la sourde oreille. Il pose sa tête entre ses pattes et la toise par en-dessous. Sa bouille se fait mignonne, trop pour qu'Olivia n'insiste. Elle est vaincue.
- Très bien, fais comme tu veux (elle le pointe du doigt). Mais je te préviens, tu serais bien mieux au frais sur les cailloux !

*******

Une heure plus tard, Olivia est allongée sur sa serviette, bordée sur tout le côté droit par Flaubert, qui, après avoir fait un bref tour dans l'eau, s'est couché contre elle. A l'arrivée de ses amis, il lève la tête et remue doucement la queue. Intriguée, la jeune femme se redresse juste à temps pour apercevoir le couple, chargé d'un panier en osier. La fille, la silhouette sportive et le cheveu châtain, dévale la pente avec aisance, chaussée de baskets épaisses. Son short en jean court révèle une cuisse ferme, sans le moindre mouvement de cellulite quand elle marche. Inconsciemment, Olivia referme le paréo retenu sur ses hanches.
La fille lui fait un signe de la main avant de la rejoindre. Elle se penche pour lui faire la bise, tandis que l'homme derrière comble les derniers mètres entre eux en râlant.
- Et dis donc, Elsa, tu pourrais un peu porter tes affaires ! Je ne suis pas un sherpa, moi !
Les deux jeunes femmes rient.
- Ah, ce Ludo, s'exclame Olivia. Tu ne peux pas t'empêcher de te plaindre.
- Ah, ça c'est sûr, confirme Elsa, d'un air entendu.
Ludovic secoue la tête et pose sa charge au sol. Dans la foulée, il ôte son tee-shirt, qu'il jette en boule sur le sac, suivi de près par les chaussures et les chaussettes.
- Puisque c'est comme ça, déclare-t-il d'un air faussement vexé, tout en faisant aussi la bise à Olivia au passage, je vais me baigner !
Il s'approche du rivage d'une démarche mal assurée et glisse dans l'eau à plusieurs reprises sur la vase. Le spectacle de sa fierté mise à mal fait s'esclaffer Elsa. Olivia sourit en se rasseyant sur sa serviette.
- C'est quoi ce chien, s'enquit alors la sportive aux yeux bleus.
- Oh ! Lui, c'est Flaubert.
- Flaubert ? C'est bizarre comme nom pour un chien ! D'où tu le sors ?
- C'est Gabrielle qui me l'a laissé pour les vacances.
- Elle te le prête pour tes longues nuits de célibataire ?
- Ah-ah, très drôle. Non. Gabrielle part en vacances pour quinze jours, et elle me laisse sa bestiole. Elle devait me l'amener seulement en début de semaine, seulement son "chéri" lui a fait une surprise ce week-end. Et à moi, par la même occasion.
Elsa l'observe longuement sans un mot. Puis hausse les épaules.
- Bah ! Deux jours de plus ou de moins, c'est pareil, non ?
- Non. Pas vraiment, non. J'avais des projets ce week-end.
- Tu pourras toujours t'en occuper en semaine, ou quand tu n'auras plus le chien, non ?
Pourquoi faut-il que les gens pensent que pour Olivia, week-end ou semaine, elle disposait de son temps totalement à sa guise ?
- Oui, m'enfin, comme tout le monde, je bosse la semaine, et comme tout le monde, le week-end, je suis en week-end.
- C'est sûr, mais comme tu travailles de chez toi, tu peux aménager tes horaires plus facilement du coup.
Olivia secoue la tête, carre la mâchoire. Une pointe d'agacement commence à lui titiller la narine.
- Tout à fait. En semaine, j'aménage mon temps pour le BOULOT. Je déborde d'ailleurs régulièrement sur mon temps libre du week-end, pour boucler plusieurs dossiers dans les temps. Je ne sais pas si tu réalises, mais quand moi, je suis en retard, c'est pas l'entreprise qui perd de l'argent, c'est moi.
- Ah ben c'est ça, de travailler à son compte ! signale Elsa, sur un ton d'évidence condescendante.
Son amie se contente de soupirer et de se recoucher sur sa serviette. Son paréo glisse et s'ouvre sur sa cuisse, qu'Olivia referme aussitôt.
- Ce qui est bien, c'est que tu vas pouvoir aller courir avec le chien quand tu vas sortir...
Olivia adresse à Elsa un regard mi-étonné, mi-agacé.
- Je ne cours pas, en temps normal, répond-elle du bout des lèvres. Je ne vais pas commencer maintenant.
- Pourtant, ça te ferait du bien, suggère la jeune brune, après un coup d’œil appuyé à son amie.
Pas de réponse. Pendant que Ludovic s'ébroue dans l'eau fraîche du lac et commente sa baignade d'un ton ébahi, Olivia et Elsa s'installent dans un silence pour l'une troublé, pour l'autre indifférent.

*******

Olivia s'est endormie. Comme souvent quand elle est au soleil, au bord de l'eau. La chaleur la berce et très vite, elle sombre dans un sommeil léger, apaisant, qui la laisse flotter entre songe et réalité. Au loin, elle entend Elsa et Ludovic planifier leurs prochaines vacances, parler des nouvelles ventes privées de chaussures de randonnées auxquelles elle a bien l'intention de participer. Ludovic s'amuse avec Flaubert, lui lançant quelquefois un caillou. Mais la masse poilue collée à sa baby-sitter ne semble pas remuer, visiblement peu attirée par le jeu archaïque du "va chercher la baballe".
- Il est con, ce chien, non ? remarque L'homme, qui se relève, enroulé dans sa serviette.
Elsa acquiesce.
- C'est vrai qu'il n'est pas très joueur. Mais en même temps, si c'est le chien de Gabrielle, ça ne m'étonne pas.
- Ah ben quand on voit la taille du balai qu'elle a dans le...
- Han ! C'est clair ! s’esclaffe la petite-amie en tailleur sur son matelas de plage. Elle doit le dresser pour obéir au doigt et à l’œil !
- Comme son mec !
- S'il ne se plaint pas, c'est que ça lui va...
La voix d'Olivia surprend le couple, alors qu'elle s'étire, les yeux toujours fermés. Si Gabrielle l'agace au plus haut point, la vanne facile et injuste ne l'amuse pas non plus. Le sommeil ne l'a pas préservée assez longtemps de l'ennui, et la même pointe d'agacement, discrète mais bien présente, brûle dans un coin de sa tête.
- Bien dormi ?
Elsa lui sourit en lui tendant une boîte de gâteaux. Olivia hoche la tête en se servant.
- Disons que j'ai somnolé. J'aime bien jouer le lézard en plein soleil !... par contre, je meurs de chaud.
Son regard accusateur se pose sur Flaubert, dont l'une des pattes avant est carrément posée sur sa cuisse.
- Le pauvre, il t'aime ! raille Ludovic.
- Ouais, râle Olivia. Mais qu'il m'aime d'un peu plus loin, ça m'irait bien !
Doucement, elle le repousse. Flaubert résiste une seconde, avant de bondir. Le museau en l'air, il a reniflé quelque chose.
- Hey ! crie la grande brune quand le chien lui marche dessus, pour partir plus vite. Flaubert ! Du calme !
Mais Flaubert est concentré sur l'odeur qui l'attire. Il trottine en rond, colle sa truffe au sol.
- Ici, je te dis !
Il tourne son museau vers elle, signe qu'il l'a bien entendue. Une pause, patte avant en l'air. Puis la queue remue, il se remet à renifler.
- Il va se barrer, suggère Ludovic, en secouant sa serviette.
L'instant d'après, le samoyède lui donne raison. D'un mouvement fluide et rapide, le chien blanc s'élance vers la lisière du bois, et s'y engouffre.
Olivia s'élance à sa poursuite en criant son nom...


Fin de l'épisode 3 ! La suite arrive très vite. D'ici là, bonne lecture, et n'hésitez pas à laisser vos commentaires, à partager, liker, tout ça, tout ça !

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