samedi 25 juillet 2015

Interlude peinture...

L'été, dans le Sud, est une combinaison parfaite de chant de cigales, de chaleur intense et d'odeurs de pin et d'embruns.
En être spectateur, même au travail, c'est être déjà un peu en vacances. Et alors quand vous êtes enfin en congés, alors là, c'est le summum du pied intégral...
Ca, Lillie l'a bien compris. Alors peu importe la manière, la raison, ou l'occasion, dès que la cigale pointe le bout de son museau (bec, nez, groin, antenne, ce que vous voulez...), elle rapplique fissa fissa. Quelques jours, un week-end, plusieurs semaines, le temps de toute façon n'est plus le même avec la ligne d'horizon d'une mer bleue et paisible (paisible à condition de n'y pas trouver de touristes - faut connaître les bons coins, ce qui évidemment est le cas de Lillie, tu te doutes bien !).

Pour s'occuper, éloigner l'ennui qui pourrait éventuellement finir par s'installer, entre deux siestes au bord de la piscine, Lillie ramène toujours avec elle sa hôte à projets. Un énorme sac de noeuds, rempli d'idées farfelues, de croquis préparatoires, de notes de bas de page, de ToDoList périmées... Ce fameux sac dont Lillie sort du boulot tous les jours, qui peut lui générer un salaire, mais que les copains regardent souvent avec l'indulgence d'un parent condescendant... "Mais oui, ma fille, cause toujours et va te trouver un vrai travail !"

Bref, l'été dans le Sud, Lillie est en vacances mais jamais tout à fait. Et c'est exactement ce qu'elle aime. Alors ce week-end là, confortablement installée dans son bureau estival -une table en verre à l'ombre de la terrasse- elle décroche un des tableaux offerts à ses parents, peint un jour d'égarement, il y a quelques années.
Un ensemble de fraises sur fond rose, une petite lutine accoudée à l'une d'elles. Une idée trèèèès originale, aux couleurs tout ce qu'il y a de plus kitch. Il fallait bien faire quelque chose, pour cette œuvre qui brûlait la rétine.

mercredi 22 juillet 2015

Episode 4 : premier contact...

4

"- Ah ! Le con ! s'exclame Olivia, en faisant demi-tour.
Fébrile, elle attrape ses baskets, jette les chaussettes roulées en boule dedans, et les enfile en toute hâte. Courir sur les galets pieds nus n'a jamais été une bonne idée. Sans prendre la peine d'attacher ses lacets, elle repart en trombe. Ludovic est debout, une bouteille d'eau à la main, décontracté.
- Dépêche, je ne le vois plus, signale-t-il, avant de boire au goulot.
Elsa est toujours installée sur sa serviette. Elle observe la scène d'un air amusé. Olivia maugrée dans sa barbe un "Merci du conseil" irrité, et grimpe la pente aussi vite qu'elle peut, glissant sur les pierres sans grâce.
Franchissant la rangée d'arbustes emmêlés, elle débouche dans la clairière ombragée sous un épais toit d'arbres. Il y fait à peine moins chaud que sur la rive, et le sol est vallonné. Dans les creux, on aperçoit de hautes fougères défraîchies. Partout, les herbes hautes, les fourrés touffus grignotent les sentiers. Et pas un seul chien blanc en vue.
- Flaubert ! Au pied !
Elle tend l'oreille. Quelques oiseaux encore vaillants malgré la chaleur chantonnent. On distingue le bruit des feuilles sous la brise. Et non loin de là dans l'épais maquis, les pas d'un animal. Un fugace instant, la jeune femme distingue un éclat blanc. Pour ne pas le faire fuir, elle s'avance discrètement, sans courir. Flaubert est en train de renifler des racines, grattant çà et là la terre. Il ne semble pas conscient de sa présence. Il s'est enfoncé en dehors du sentier, entouré de près par les éricacées et des arbousiers sauvages. Pour le rejoindre, Olivia enjambe des tas de broussailles épineux, et récolte quelques griffures au passage. Comme elle gronde, agacée, dégoulinante de sueur dans la chaleur moite, Flaubert lève la tête vers elle.
- Hé, sac à puces, souffle-t-elle d'une voix qu'elle veut enjôleuse, ce serait sympa que tu ramènes ta fraise par ici !
Ses doigts effleurent le harnais bleu quand elle tend la main à travers des lianes de salsepareille. D'un mouvement fluide, le museau de nouveau collé au sol, le chien se détourne. Pour le rattraper, Olivia s'élance en avant.

mercredi 15 juillet 2015

Episode 3 : la sortie au lac...



3

La douche est salvatrice. L'eau fraîche laisse dégouliner contrariétés et rancœur, les emporte par la bonde de fond. Olivia, trempée, garde la tête appuyée contre le mur blanc, sous le pommeau de douche. Puis elle ferme le robinet, les yeux fermés, attend quelques secondes avant d'écarter le rideau de douche.
Elle enjambe le rebord de la baignoire en émail blanc pour poser le pied sur le tapis. Un tapis épais, chaud, au poil long et dense.
- Ah ! crie-t-elle en reculant, manquant de glisser.
Flaubert est confortablement assis au pied de la baignoire et la regarde d'un air malicieux.
- Mais qu'est-ce que tu fous là, toi ? s'exclame la jeune femme en saisissant sa serviette.
Elle sort de sa baignoire, évite tant bien que mal le gros chien qui prend presque toute la place. Il ne bouge pas un cil et tandis qu'il la fixe, la gueule ouverte, la langue dehors, Olivia est persuadée qu'il se moque d'elle.
- Profite ! Rince-toi l’œil, parce que c'est la dernière fois !
Elle réalise que la porte de la salle de bains est grande ouverte. Se penchant vers lui, elle caresse vigoureusement Flaubert derrière l'oreille.
- Et en plus, tu sais ouvrir les portes... tu es un malin, toi !

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