samedi 11 juillet 2015

Episode 2 - La Traversée Inattendue...


2

Le thermostat flirte avec les 29° dès le samedi matin. Olivia s'est réveillée en nage et de mauvais poil. Les dernières nuits, moites, l'ont promenée d'aventures en aventures imaginaires, et l'aube la cueille désorientée, perdue entre réalité et effluves d'un autre monde.
Pour un peu, elle rejouerait "le Bateau Ivre" de Queneau.

Elle baille et se traîne à la cuisine. Un café, voilà qui lui ferait le plus grand bien. Tripotant les dosettes de sa Tassimo, elle enclenche la machine. Réalise qu'elle a oublié de mettre la tasse sous le bec verseur. Se précipite vers le placard, fait demi-tour pour appuyer sur le bouton STOP, tandis que le café coule et se répand sur le carrelage blanc.
"- Ah mais, merde là ! s'écrie-t-elle, tout à coup bien réveillée.
En panique, elle laisse échapper la tasse, la rattrape maladroitement, et reste agrippée au comptoir, l'objet coincé entre ses mains. Un court instant, Olivia, immobile, regarde le chantier : une belle flaque à ses pieds, fumante, et de larges éclaboussures tout autour de la Tassimo.

jeudi 9 juillet 2015

Episode 1



1

 

Le mois de juin s'achève dans une ambiance caniculaire. Peu à peu, les citadins quittent les grandes agglomérations, par vagues, vers leur Arche de Noé côtière, en Bretagne, dans le Sud, la Rochelle, peu importe, du moment qu'il y a de l'eau et des boutiques de souvenirs.
Olivia, assise à son bureau, grimace en songeant à ces bungalows bien alignés dans les campings, tous les mêmes, où s'entassent pour quinze jours, trois semaines, les mêmes types qui se croisent parfois tout le reste de l'année dans les grandes villes. Faire la queue à la Poste, aux cabines d'essayage, pour acheter une baguette, et pendant l'été, faire la queue aux sanitaires du camping... drôles de vacances. Mais peut-être est-ce son besoin de solitude totale qui la rend cynique. Olivia est ce qu'on pourrait appeler une ermite urbaine. La jeune femme travaille de chez elle, surtout pour éviter les relations de bureau. Parfois, aucun son ne passe la barrière de ses lèvres closes, si ce n'est pour répondre à ses clients par téléphone - l'une des pires inventions selon elle.

Pour la troisième fois depuis cinq minutes, elle soupire et s'éponge le front du revers de la main. Il fait très chaud, et la ville, dans une cuvette, semble prisonnière sous une cloche de vapeurs brûlantes. 
Un coup d'oeil au thermostat : il fait 32° rien que dans la pièce.

Une pause s'impose.

mercredi 1 juillet 2015

Chat noir chanceux...

Il fait beau cette semaine-là. Jon Snow dans ses (rares) moments d'optimisme aurait même dit un truc du genre "Spring is coming"...
Forcément, comme à chaque fois que les fleurs s'ouvrent et que les mimosas font sentir leur arôme si particulier, Lillie a chargé sa valise et débarqué dans son Sud natal.

Pour l'occasion, elle est partie avec toute la clique : le chien ET le chat, en train. Pour la petite histoire, il faut savoir que la gentille SNCF fait payer la place aux chiens de plus de 6kilos. Le prix ? Facile : celui d"un billet plein pot, à moitié prix. Pour ce voyage, Lillie a payé 52 euros sa place. Le petit Jeddak, lui, a coûté 35euros ! Tout ça sans avoir le droit, malgré le billet, de se coucher sur le fauteuil. Merci qui ? Merci la SNCF ! (rassurez-vous, l'aventure de Lillie, Gustave et Jeddak en train vous sera comptée tout bientôt !)
Quant à Gustave, le gros et gras chat blanc, il remplit bien sa cage de transport, et sagement, pionce pendant le voyage. Il ronfle même, sûrement satisfait de savoir que quand sa maîtresse devra porter sa cage, elle sera à deux doigts de se fêler une vertèbre sous le poids. Satisfait aussi de partir en vacances, lui qui, normalement, aurait dû rester à la maison.

Bref, le mardi, après 3h de trajet, Lillie et sa bande débarquent à la zonzon. Le mistral la cueille avec un vice non dissimulé : bourrasque après bourrasque, il la décoiffe, la pousse, entrave la valise qui roule mal, agite la cage du chat. Et soulève les oreilles du beagle qui n'apprécie guère la farce et remue dans tous les sens, mâchoires ouvertes. Mordre le vent, tout le monde le sait, c'est comme ça qu'on le fait disparaître...
Le Mistral, ça l'énerve vite, la Lillie. Ca fait du bruit, les affaires s'envolent, ça décoiffe. Mais au moins, il a une utilité non négligeable : il chasse les nuages. Et ce jour-là, il n'y en a pas un seul, faisant du ciel une magnifique toile d'un bleu azur profond et sans défauts.
Elle soupire d'aise en s'installant dans la voiture de la mère. La semaine va être parfaite, elle a hâte de profiter des bois, de l'odeur des plantes sauvages, des embruns dans les calanques. De voir les copines.
Le jeudi midi d'ailleurs, après deux jours à marcher avec son Beagle de combat (comme tout chien de chasse qui se respecte, il a une bouille d'amour et aboie continuellement...), Lillie rejoint sa copinette au resto. Quoi de mieux qu'un bon dej' entre copines pour ponctuer des vacances parfaites ?
Le bistrot est agréable, les desserts aussi jolis que bons. Les conversations vont bon train.